La catastrophe légendaire de l’histoire : le Tremblement de Terre de Lisbonne


1er novembre 1755

Le contexte de l’époque est le suivant : Lisbonne est une ville profondément catholique - « si une capitale en Europe pouvait prétendre être le Royaume de Dieu sur terre c’était bien Lisbonne ».

L’Inquisition, « instrument de torture séculaire », y est de mise et en pleine activité. Elle cessera en 1855 dans la Péninsule Ibérique…

Le 1er novembre est le jour de la Toussaint, un des jours le plus important de la religion catholique.Des dizaines de milliers de fidèles assistent à la messe dans des églises en pierre qui deviendront bientôt leur tombeau : entre 50.000 et 70.000 personnes mortes en quelques heures, soit 20% de la population lisboète !

  • Un tremblement de terre à 9h30 (8,5 sur l’échelle de Richter), détruit presque entièrement la ville de Lisbonne, et ce en 6 minutes !

  • Un tsunami, 90 minutes plus tard, s'abat sur la terre ferme !

  • Puis des centaines d’incendies se déclarent, entre autres dus aux bougies allumées dans les églises en ce jour de fête qui deviendront une « tempête de feu » ! Aujourd’hui, quasiment toutes les églises de Lisbonne n’ont que des bougies à LED...

C’était impensable que la colère de Dieu s’y déchaîne : « châtiment spécial en ce jour spécial »

Un témoin survivant (ce n’était visiblement "pas son jour"... ) racontera avoir été paralysé par la peur. En effet, le cerveau subit un genre de métamorphose quand notre vie est menacée. La peur est nécessaire afin que le complexe amygdalien prenne les commandes et déconnecte toutes les zones d’analyse et de réflexion pour pouvoir fuir (cf « Eloge de la fuite » d’Henri Laborit). Le stress est un mécanisme qui déclenche le cortisol, hormone qui permet l’augmentation de la glycémie, nécessaire entre autre à cette fuite, mais l’overdose peut être paralysante voire fatale, d’où l’expression « mourir de peur »…

Quelques minutes avant, Lisbonne était en liesse, quelques minutes après, Lisbonne offrait ce spectacle apocalyptique.

Les travaux en épigénétique, nous montrent comment un traumatisme peut modifier l’ARN et comment les traces de ces traumatismes peuvent être transmis aux descendants… C’est ce qui explique notamment mon intérêt pour ce domaine dans le cadre d’un accompagnement en analyse transgénérationnelle.

A une époque où la religion catholique et son fanatisme est à son apogée, les peuples pensent que c’est l’oeuvre de Dieu, où serait-ce la part du Diable (un clin d’oeil à un de mes auteurs préférés : John Irving).

Serait-ce une explication à une grande capacité de résilience du peuple portugais et à son goût « démesuré » pour la tragédie ;-)

Voltaire abasourdi par cette catastrophe écrira un poème majestueux (cf plus bas) et ce sera le début d’une « bataille » philosophique avec Rousseau et les différents courants de ce Siècle des Lumières. Nous entrons, à ce moment-là, dans un changement de paradigme colossale.

Bonne fête de la Toussaint Bonne fête aux Toussaint

Et une tendre pensée pour tous ceux qui ont péri dans cette catastrophe.

Poème de Voltaire - 1756

O malheureux mortels ! ô terre déplorable !

O de tous les mortels assemblage effroyable !

D’inutiles douleurs, éternel entretien !

Philosophes trompés qui criez : « Tout est bien » ;

Accourez, contemplez ces ruines affreuses,

Ces débris, ces lambeaux, ces cendres malheureuses,

Ces femmes, ces enfants l’un sur l’autre entassés,

Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ;

Cent mille infortunés que la terre dévore,

Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore,

Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours

Dans l’horreur des tourments leurs lamentables jours !

Aux cris demi-formés de leurs voix expirantes,

Au spectacle effrayant de leurs cendres fumantes,

Direz-vous : « C’est l’effet des éternelles lois

Qui d’un Dieu libre et bon nécessitent le choix ? »

Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :

« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »

Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants

Sur le sein maternel écrasés et sanglants ?

Lisbonne, qui n’est plus, eut-elle plus de vices

Que Londres, que Paris, plongés dans les délices :

Lisbonne est abîmée, et l’on danse a Paris.

Tranquilles spectateurs, intrépides esprits,

De vos frères mourants contemplant les naufrages,

Vous recherchez en paix les causes des orages :

Mais du sort ennemi quand vous sentez les coups,

Devenus plus humains, vous pleurez comme nous.

Croyez-moi, quand la terre entr’ouvre ses abîmes,

Ma plainte est innocente et mes cris légitimes.

Partout environnés des cruautés du sort,

Des fureurs des méchants, des pièges de la mort,

De tous les éléments éprouvant les atteintes,

Compagnons de nos maux, permettez-nous les plaintes.

C’est l’orgueil, dites-vous, l’orgueil séditieux,

Qui prétend qu’étant mal, nous pouvions être mieux.

Allez interroger les rivages du Tage ;

Fouillez dans les débris de ce sanglant ravage ;

Demandez aux mourants, dans ce séjour d’effroi,

Si c’est l’orgueil qui crie : « O ciel, secourez-moi !

O ciel, ayez pitié de l’humaine misère ! »

« Tout est bien, dites-vous, et tout est nécessaire. »

Quoi ! l’univers entier, sans ce gouffre infernal,

Sans engloutir Lisbonne, eût-il été plus mal ?

Êtes-vous assurés que la cause éternelle

Qui fait tout, qui sait tout, qui créa tout pour elle,

Ne pouvait nous jeter dans ces tristes climats

Sans former des volcans allumés sous nos pas ?

Borneriez-vous ainsi la suprême puissance ?

Lui défendriez-vous d’exercer sa clémence ?

L’éternel artisan n’a-t-il pas dans ses mains

Des moyens infinis tout prêts pour ses desseins ?

Je désire humblement, sans offenser mon maître,

Que ce gouffre enflammé de soufre et de salpêtre

Eût allumé ses feux dans le fond des déserts.

Je respecte mon Dieu, mais j’aime l’univers.